Château de Chaux-des-Crotenay : quinze ans de fouilles dévoilent les défenses d'une forteresse du Jura

Archéologie médiévale et patrimoine du Haut-Jura

Château de Chaux-des-Crotenay : quinze ans de fouilles dévoilent les défenses d'une forteresse du Jura

À l'occasion des Journées européennes du patrimoine 2026, retour sur les recherches archéologiques menées depuis 2010 au château de Chaux-des-Crotenay (Jura), qui ont révélé un système défensif jurassien jugé unique dans la région, entre ponts fortifiés et tours de guet.

Carnet éditorial · Carte des Châteaux ·

Les 19 et 20 septembre 2026, à l'occasion de la 43e édition des Journées européennes du patrimoine, le château médiéval de Chaux-des-Crotenay ouvre à nouveau ses ruines au public le temps d'une visite commentée. Perché à 800 mètres d'altitude sur un éperon rocheux du Haut-Jura, ce site, connu localement sous le nom de « Champ des Mottes », fait l'objet depuis 2010 d'un programme de fouilles archéologiques conduit par l'association ArchéoJuraSites sous la direction de l'archéologue Stéphane Guyot. Plus de quinze ans de recherches ont progressivement mis au jour un ensemble défensif que les spécialistes considèrent comme l'un des plus originaux du paysage castral franc-comtois, avec en particulier un dispositif de franchissement des fossés jugé unique dans la région.

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Un site réexaminé depuis 2010

Dès 2006, le château médiéval du Champ-des-Mottes s'est révélé être un site particulier dans le paysage castral franc-comtois. Un projet d'étude est lancé en 2010 par l'association ArchéoJuraSites, association reconnue d'intérêt général fondée en 1980 et active sur le territoire structuré par les rivières Ain, Lemme et Saine dans le Jura. Ce projet se concrétise à partir de 2012 par un programme pluriannuel de fouilles archéologiques, dirigé par l'archéologue Stéphane Guyot. Les travaux se poursuivent depuis sans interruption : en 2018, ArchéoJuraSites a créé au sein de son conseil d'administration un collège entièrement dédié à ces investigations, aujourd'hui présidé par Pierre-Louis Uny, signe de l'importance prise par ce chantier parmi les programmes de l'association. Une nouvelle documentation sur le château, réalisée par Valbert Pique, a encore été publiée en septembre 2025.

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Une position stratégique sur la route du sel

Le château est établi à 800 mètres d'altitude sur un éperon rocheux, à environ 500 mètres au sud du village, en surplomb de l'église Sainte-Marguerite, classée monument historique. Sa date de construction précise reste incertaine, mais certains auteurs la situent peu après 1186, l'année où Simon de Commercy, seigneur lorrain ayant reçu la baronnie de Chaux-des-Crotenay en 1170, fit édifier le château voisin de Château-Villain. Comme les châteaux de l'Aigle, de Nozeroy ou de Crillat, celui de Chaux-des-Crotenay contrôlait les voies d'accès au plateau supérieur du Jura et à la Suisse, et notamment les routes du sel, denrée stratégique sous l'Ancien Régime. Le site a connu plusieurs épisodes militaires : assiégé et occupé en 1639, en pleine guerre de Trente Ans, par des troupes françaises, allemandes et suédoises, il est repris quelques semaines plus tard par les Francs-Comtois. Après le retour définitif des Français en 1674 sous Louis XIV, le château est finalement démantelé en 1691 sur ordre du roi.

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Un système de pont jugé unique dans la région

Les campagnes de fouilles menées entre 2011 et 2016 ont mis au jour plusieurs structures inédites dans la région. Les archéologues ont notamment dégagé les piles d'un pont au tracé courbe, ainsi qu'une porterie étudiée en détail lors de la campagne de 2015, dont la physionomie est jugée unique : elle comportait un pont-levis à basculement interne par l'arrière, défendu par deux tourelles en encorbellement reposant sur des culs-de-lampe. Le programme officiel des Journées européennes de l'archéologie, porté par le ministère de la Culture, confirme la mise au jour d'un pont dormant tournant et d'un pont-levis à basculement arrière, décrits comme des structures uniques dans la région. Selon l'association ArchéoJuraSites, ce passage constituait par ailleurs le seul point permettant de franchir les fossés secs entourant le château.

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D'autres éléments de la forteresse mis au jour

D'autres secteurs du site ont également été documentés. Le chemin d'accès et sa voie pavée, étudiés entre 2012 et 2014, empruntent la déclivité la plus faible menant au château. Les casernements, parmi les constructions les plus récentes de l'ensemble, abritaient les gardes, leurs montures et leurs armes ; ils sont liés à une place d'armes aménagée devant le château. Le château fort proprement dit, lieu de résidence des seigneurs, a été modifié à plusieurs reprises ; un escalier à vis y a été identifié puis réenseveli pour assurer sa conservation. Les enceintes et une tour percée, dernière construction apportée au site au XVe siècle, permettaient de surveiller la voie longeant le pied du Mont Rachet, tandis qu'un boulevard maçonné et un fossé complétaient le dispositif défensif. Les fouilles ont par ailleurs livré du mobilier : fragments de tuiles vernissées, clous, monnaies des XVIe et XVIIe siècles frappées à Dole, ainsi que deux petits boulets de couleuvrine.

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Pourquoi les archéologues continuent de s'y intéresser

À la suite de ces investigations, le château de Chaux-des-Crotenay est aujourd'hui considéré comme un site de référence en contexte castral. Le chantier reste actif : une équipe de terrain, animée par Pierre-Louis Uny avec les contributions de François Jacquet, Valbert Pique et Thierry Pasteur, poursuit les travaux, avec le soutien du Conseil départemental du Jura et l'accord de la propriétaire actuelle du site, Katia Turnier. C'est ce chantier toujours en cours que les Journées européennes du patrimoine 2026 permettent au public de découvrir, à l'occasion d'une visite commentée organisée les 19 et 20 septembre, avec un rendez-vous fixé sur le parking de l'église et un accès au site par un chemin de quinze à vingt minutes de marche.

Sources

Pour aller plus loin