Les forts d'Henri VIII : sept châteaux d'artillerie sur la côte anglaise, de Deal à Pendennis

Les forts côtiers d'Henri VIII (programme du « Device », 1539-1547) : sept châteaux d'artillerie du Kent à la Cornouailles et l'évolution de leur architecture

Les forts d'Henri VIII : sept châteaux d'artillerie sur la côte anglaise, de Deal à Pendennis

En 1539, menacé d'invasion, Henri VIII arme la côte sud de l'Angleterre. Rosace de Deal, trèfle de St Mawes, bastion en fer de lance de Yarmouth : sept forts pour voir naître la fortification moderne, du Kent à la Cornouailles.

Carnet éditorial · Carte des Châteaux ·

Côtes anglaises, 1539-1547

Vus du ciel, les forts qu'Henri VIII fit bâtir sur les côtes anglaises ressemblent à des fleurs de pierre : une rosace à Deal, un trèfle à St Mawes. Leur dessin n'a pourtant rien d'ornemental. En 1538, François Ier et Charles Quint se réconcilient, et en décembre le pape Paul III publie la bulle d'excommunication du roi d'Angleterre, qui a rompu avec Rome. Craignant un débarquement des puissances catholiques, Henri VIII lance dès 1539 une campagne de forts d'artillerie, des Downs du Kent jusqu'à l'estuaire de la Fal. Bas, trapus, percés d'embrasures sur plusieurs niveaux, ces ouvrages sont pensés pour des canons et non plus pour des archers : ils marquent en Angleterre le passage du château fort à la fortification moderne. Sept d'entre eux, accessibles au public selon les saisons, permettent de suivre cette mutation en moins de dix ans, de la rosace de 1539 au bastion en fer de lance de 1547. La fin de l'automne, quand les fronts de mer se vident, est un bon moment pour comprendre ce qu'ils surveillaient : des rades, des chenaux et des mouillages battus par le vent.

Quel fort pour quelle envie ?

Trois figures liées à ces forts

Henri VIII

1491 - 1547

Roi d'Angleterre à partir de 1509, il rompt avec Rome dans les années 1530 pour faire annuler son premier mariage et se proclame chef de l'Église d'Angleterre. Isolé face aux puissances catholiques, il fait bâtir de 1539 à sa mort une chaîne de forts d'artillerie le long des côtes. Son fils Édouard VI lui succède en 1547.

Charles Ier

1600 - 1649

Roi d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande à partir de 1625, il affronte le Parlement dans les guerres civiles des années 1640 et finit prisonnier. Jugé à Londres en janvier 1649, il est décapité le 30 janvier devant la Banqueting House de Whitehall.

Arthur Wellesley, duc de Wellington

1769 - 1852

Vainqueur de Napoléon à Waterloo en 1815, puis Premier ministre de 1828 à 1830, il devient lord gardien des Cinq-Ports en 1829 et fait de Walmer l'une de ses résidences. Il y meurt le 14 septembre 1852.

Le château de St Mawes vu depuis Falmouth, de l'autre côté de l'estuaire de la Fal
St Mawes vu depuis la rive de Falmouth : Pendennis et lui se faisaient face de part et d'autre de Carrick Roads pour croiser leurs tirs sur tout navire forçant l'entrée de la rade. — geograph.org.uk, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0
Pendennis Castle

Cornwall · Falmouth

Pendennis Castle

Perché sur le promontoire qui ferme au sud la rade de Carrick Roads, Pendennis Castle surveille depuis près de cinq siècles l'entrée de l'estuaire de la Fal, face à son jumeau de St Mawes sur la rive opposée. Le fort naît au début des années 1540, lorsque Henri VIII fait hérisser les côtes anglaises d'ouvrages d'artillerie pour parer une invasion des puissances catholiques. Son cœur reste une tour ronde en granit, ceinte d'une chemise polygonale et précédée d'un pont franchissant le fossé. À la fin du règne d'Élisabeth Ire, la crainte d'un débarquement espagnol transforme ce fort compact en une vaste forteresse bastionnée qui englobe tout le promontoire. C'est cette enceinte qui permet, en 1646, à environ un millier de royalistes de tenir cinq mois face aux troupes du Parlement, avant une reddition honorable imposée par la famine : Pendennis compte parmi les dernières places du roi à tomber en Angleterre. Le site ne perd jamais sa vocation militaire. Casernes, batteries et postes de commandement s'y ajoutent du XVIIIe au XXe siècle ; pendant les deux guerres mondiales, Pendennis dirige l'artillerie côtière de l'ouest de la Cornouailles. Désarmé en 1956 et confié l'année suivante au ministère des Travaux publics, il est aujourd'hui géré par English Heritage, qui y fait revivre quatre siècles de défense côtière, du donjon Tudor à la Half Moon Battery de la Seconde Guerre mondiale.

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Sources

Pour aller plus loin